CYCLISME: "OBJECTIF TOUR DE FRANCE", JORDAN JEGAT AFFICHE SES AMBITIONS POUR 2026

Jordan Jegat, est-ce que votre programme pour la saison prochaine est déjà établi?

Non, on vient de finir la saison 2025, mais on réfléchit déjà pour 2026. Je n'ai pas encore mon programme de course, mais dans ma tête il est déjà un peu fait. Mais il faut voir en fonction des changements des parcours, des changements des dates aussi. Les objectifs sont assez faciles à écrire pour moi, donc il faut juste axer la préparation là-dessus et voir ça avec l'entraîneur et le directeur sportif.

Est-ce que vous avez envie d'avoir quelque chose d'assez proche de l’an passé avec Paris-Nice, Dauphiné, Liège, le Tour…?

C'est vrai que mes deux dernières saisons restent assez similaires, même si l'année dernière j'ai pu rajouter le Dauphiné, qui a remplacé le Tour de Slovénie. J'ai aussi remplacé des courses comme le Tour des Asturies ou des courses en classe 1 par des courses World Tour, donc j'ai étoffé quand même mon calendrier l'année passée. Après c'est vrai que le but de l'année prochaine ça restera l'objectif du Tour de France, donc après il faut axer la saison par rapport à ça, mais c'est sûr qu'il y a des points de passage très importants pour moi à commencer par Paris-Nice, ensuite le Dauphiné et aussi le Tour du Pays basque que j'aime particulièrement.

J'aimerais essayer d'y performer encore plus cette année, et après forcément le Tour de France. Après le Tour de France c'est vrai qu'il faut réussir à retrouver des objectifs, comme cette année ou même il y a deux ans avec le Tour du Luxembourg qui me correspond bien et que j'affectionne. Voilà des points de passage et aussi le championnat du monde l'année prochaine qui est encore très dure. J'ai fait le championnat cette année avec l'équipe de France, ce n'était pas la meilleure prestation de ma part, donc j'ai aussi cette idée en tête d’y retourner.

Est-ce déjà acté que vous serez à Barcelone au départ du Tour?

Dans le sport de haut niveau il n'y a jamais rien d'acté. Si je fais un mauvais début de saison forcément je n'aurai pas ma place au Tour de France. Il faut toujours gagner sa place. Il n'y en a que huit donc c'est dur d'y aller. En faisant dixième du Tour de France on peut se projeter, mais il faut quand même être concentré et prouver qu'on a sa place en début d'année. Il ne faut pas non plus se reposer sur ses lauriers.

"Si je suis Lipowitz ou Vingegaard, je ne peux pas faire d'échappée publicitaire"

Avec quelques mois de recul quel retour personnel avez-vous sur cette grande boucle? Et quelle analyse a été faîte avec l'équipe?

C'est vrai que c'est une progression assez linéaire même si le top 10 c'était encore quelque chose d'inimaginable. J'avais fait le top 30 l'année passée en étant équipier pour Steff Cras qui lui visait le classement général, donc j'avais perdu beaucoup de minutes sur des étapes où j'aurais pu conserver plus de temps. J'ai fini 28e et c'est là où je m'étais dit si je jouais plus ma carte ou même sans me relever bêtement, je pourrais faire dans le top 20 et au final j'ai pensé au top 15 et après le top 10 est arrivé. J’ai souvent la question 'est-ce que tu n'aurais pas pu gagner une étape à la place d'un top 10'. Ceux qui ont regardé le tour ont vu que j'ai essayé à plein de reprises d'être dans les échappées. L'étape de Pontarlier où je passe de 11e à 10e, de base quand je vais dans l'échappée c'est plus pour jouer l'étape. Il y a aussi l'étape du Tourmalet où je prends l'échappée. Il y a l'étape avec l'arrivée au Col de la Loze. Il y a plein de journées comme ça où au final je suis passé à côté d'étapes en essayant de jouer l'échappée, donc j'ai peut-être manqué de réussite pour pouvoir m'imposer ou prétendre de m'imposer. Je pense que jouer une victoire d'étape n'empêche pas de jouer le classement général quand on est dans mon registre. C'est sûr que demain si je suis Lipowitz ou Vingegaard, je ne peux pas faire d'échappée publicitaire. Mais en étant entre 10 et 15e, je pense que c'est tout à fait possible.

Je regardais votre parcours sur ces dernières années et je me disais, quand est-ce qu'il a levé les bras la dernière fois pour une victoire?

(Sourire) Si je dois répondre à cette question, je pense que c'était sur une première catégorie. Vous avez la réponse? Même moi je ne suis pas sûr de ça. Ça va être ma cinquième année pro et je n'ai jamais gagné chez les pros. J'ai fait souvent deuxième. Dès ma première année pro en classe 2, j'avais fait deuxième à la super planche des Belles filles et j’ai fait pas mal d'autres podiums. Mais pas de victoire.

Donc c’était en amateurs mais vous avez du mal à vous souvenir?

Oui je dirais le trophée Noret, c'était ma dernière victoire. (le 17 juillet 2021 NDLR) C'est sûr, les premières années, ça manquait vraiment. Mais au final, cette année, pas du tout. Ça va peut-être paraître bizarre, mais je trouve aussi d'autres plaisirs. Quand on peut se battre avec des coureurs du top mondial. C'est aussi tout autant satisfaisant de se battre avec les meilleurs mondiaux en faisant le top 10 du Tour de France qu'en gagnant des courses à plus faible niveau. Ce sont des personnes que j'admirais à la télé, donc pouvoir me battre avec eux, c'est super. Ça me prive de victoire sur des courses pro tout simplement.

"Les courses un peu plus accessibles pour moi, ce ne sont pas mes objectifs"

Votre challenge c'est de réussir à tenir le plus longtemps avec ces cracks? De lâcher le plus tard possible dans une montée?

Oui, c'est un peu ça. Ou même d'avoir un résultat à la fin, même si ça ne reste que dixième ou huitième ou je ne sais pas combien. Tant que j'ai donné le maximum, je suis content. Après, forcément, sur des courses comme le Tour du Jura ou la Classic Grand Besançon quand j'y vais pour gagner et que je finis quatrième, forcément, c'est plus la déception qui prime. C'est ça aussi qui est compliqué. Comme je disais en début d'interview, tous mes objectifs, c'est Paris-Nice, le Pays basque, Dauphiné. Et au final, les courses un peu plus accessibles pour moi, ce ne sont pas mes objectifs. Et c'est là où c'est compliqué de gagner quand je ne suis pas à 100 %. Est-ce qu'il faut que je me fixe comme objectif des courses à moindre niveau pour gagner? C'est la question.

Si vous êtes présent sur le Tour, la stratégie sera la même, celle du classement général? 

C'est vrai que cette année, ce n'était pas forcément la stratégie initiale. J'espère que ça sera le cas cette année. Faire dans les dix a apporté beaucoup de positif à l'équipe, comme à moi. Et si on peut encore réussir à faire mieux avec le pôle performance ce serait vraiment satisfaisant. Il faut qu'on travaille tous dans le même sens. Et aussi forcément une victoire d'étape, comme l'a fait Anthony Turgis l'année passée. Je pense qu'il y a des coureurs qui peuvent aussi le faire dans l'équipe. Il y a donc pas mal d'objectifs pour nous.

Qu'est-ce que vous travaillez cet hiver pour aller chercher ces objectifs? Quels sont les axes de progression?

C'est un peu le même plan d'entraînement que l'année passée. Mais je vais essayer de rajouter un peu plus de renforcement musculaire, de musculation pour avoir un meilleur physique tout simplement. Prendre un peu de poids et de puissance, ça serait l'objectif. Il y aura aussi un travail plus spécifique avec le passage en soufflerie avec l'équipe du côté de Saint-Quentin. Je dois essayer d'optimiser ma performance sur la route ou en contre-à-la-montre. Je sais que le contre-à-la-montre, c'est un gros point faible pour moi sur les courses à étapes. Donc si je peux améliorer ce point faible et que ça ne devienne pas une qualité mais que je perde moins de temps, ce serait l'objectif.

Ce travail en soufflerie n’a ps été réalisé auparavant?

Je l'avais fait une première fois chez BioRacer l'année passée. C'est vrai qu'il y a eu pas mal de positif. Mais au final, la position que j'avais obtenue, ce n'était pas la position pour laquelle j'arrivais à développer le plus de puissance. Donc là, le but serait de refaire un autre essai et de trouver un mix entre ma position de confort où je peux pousser le plus de watts en ayant une bonne pénétration dans l'air.

Qu'est-ce qu'on ressent quand on est dans une montée avec Pogacar à ses côtés? Est-ce qu'on a le temps de jeter un coup d'œil ou est-ce qu'on pense avant tout à ses jambes?

Ça dépend un peu de la montée. J'ai quelques souvenirs qui me viennent en tête, comme au Dauphiné, à la montée de Domancy, où j'étais déjà bien émoussé de la journée. Au pied de la montée, ça roulait très vite. Il était 10 ou 15 places devant. Je me disais vivement qu'il attaque, que ça roule un peu moins vite, que chacun soit un peu à sa place. C'est des trucs que je me dis souvent. Au Ventoux, c'était pareil. Quand Pogacar ou Vingegaard attaquent, c'est une autre course qui commence. C'est là où, pour moi, c'est plus intéressant de trouver des adversaires qui deviennent des alliés au final, pour rallier l'arrivée, tout simplement. Il y a d'autres souvenirs, comme l'étape du Liorant sur le Tour. C'est le jour où je me suis vraiment impressionné. J'étais avec eux, et quand ils se regardaient, directement j'essayais d'anticiper pour prendre de l'avance. Ils ne me laissaient pas tant que ça de marge de manœuvre, mais c'est des fois comme ça où on se dit 'purée, je les ai quand même attaqués'. Ils se regardaient, mais de le faire à ce moment-là de la course, ça arrive rarement, donc c'est satisfaisant.

Il y a des petits échanges avec eux?

Non, il y a très peu d'échanges. Vingegaard est beaucoup plus introverti que Pogacar. Ce sont deux coureurs à l'opposé. Mais deux coureurs très respectueux et respectés aussi. Après, je fais ma course, ils font leur course. Ils sont concentrés sur leur effort, et moi aussi, donc il n'y a pas forcément d'échanges.

Maintenant que vous êtes installés dans le Sud vous croisez peut-être "Pogi" à l’entraînement?

Oui, je le croise souvent à l'entraînement. Pareil, il est toujours très sympa et toujours un grand salut. Toujours le sourire, et je pense qu'il roule les trois quarts du temps très vite (rires). Forcément, on est tous admiratifs. Après, moi, je suis concentré sur moi, mes progrès, et ma course, entre guillemets, ma carrière. Forcément, on regarde ce qu'il fait, on regarde son matériel, on regarde un peu tout. Mais il faut prendre exemple. Après, il ne faut pas tout faire pareil. Ça reste un humain comme nous, quand même, mais c'est sûr que quand on regardera le top 10 du dernier Tour de France, avec Pogacar et Vingegaard, je serai dedans. C'est quand même satisfaisant.

Que vous a apporté votre déménagement à Nice?

Ça a vraiment été l'élément déclencheur de ma carrière où j'ai vraiment passé un énorme cap physique. Quand on est grimpeur et qu'on ne monte pas de col, ça reste quand même très compliqué. Comme j'étais au CIC U-Nantes Atlantique, j'avais très peu de courses à la montagne. Les seules courses en montagne, j'y arrivais et au final, je progressais sur la course. Ce n'était pas vraiment normal de faire ça. C’est quand j'ai fait quelques stages que j'ai vu que je progressais sur la course, que je faisais mes meilleures performances. Je me suis dit je tente le coup, je déménage et on verra. Ça fait bientôt 3 ans que j'ai déménagé. Le cadre de vie, c'est vraiment idéal. C'est la ville la plus ensoleillée de France. Donc pour l'entraînement, c'est vraiment bien pour moi. Surtout, j'adore la chaleur, le soleil. Donc je rajoute facilement des heures à mon entraînement comparé à la Bretagne où j’avais plutôt tendance à diminuer. Mon temps d'entraînement a vraiment augmenté. Les collègues d'entraînement aussi, je roule tous les jours avec du monde, d'autres pros, alors qu'ici j'étais plus souvent tout seul. On a de plus en plus de coureurs de Total énergie qui viennent s'installer sur Nice. Donc c'est plus facile pour s'entraîner ensemble.

Il y a également Kevin Vauquelin avec qui vous roulez?

Ah oui, forcément, avec Kevin, on se connaît très très bien. On est passés pros la même année ensemble. On roule pas mal à Nice ensemble aussi. On se donnait pas mal de conseils sur le tour. Après, on reste concurrents, donc forcément, la compétition passe avant quand on est sur le vélo. Mais en dehors, on s'entend très bien et on roule de temps en temps ensemble sur Nice.

Il a connu la fin de son équipe, votre équipe va rechercher un sponsor. Est-ce-que ça vous inquiète?

On a vu Arkea-B&B s'arrêter. Il y a aussi beaucoup d'équipes amateurs qui arrêtent, notamment en Bretagne. J'ai appris qu'il ne restait plus qu'une Nationale 1 en Bretagne, Loudéac. À mon époque il y en avait encore cinq. Donc c'est vrai que ça fait drôle. C'est un nouveau cyclisme qui arrive avec les juniors qui vont passer directement en continentale. J'ai du mal à comprendre comment le système peut fonctionner comme ça. En continentale on commence déjà à gagner sa vie. Je pense que ça peut aussi freiner le parcours scolaire de certains. Il y a aussi les coureurs à maturation tardive. Moi, j'étais quand même assez frêle. Je faisais entre 52 et 54 kg. Donc quand on passe de junior où les braquets étaient limités à espoir ça fait un gros gap de puissance entre les deux. Et moi, j'ai quand même dû avoir un temps d'adaptation plus long. Et c'est vrai que les coureurs un peu comme moi, ils vont peut-être souffrir de ça. Ce qui est sûr, c'est qu'on passera à côté de certains talents. C'est une évidence. Après, pour ce qui est des équipes pros, nous, on a encore un an de contrat avec Total Énergies. Personnellement, j'ai encore un an avec eux. Donc là, je suis très bien dans l'équipe et on verra comment ça se déroule pour la suite. C'est l'avenir qui nous le dira.

2025-12-02T15:46:23Z