Aucune des Françaises ne figure dans le tableau de la compétition qui débute ce jeudi à Liverpool. La mesure du test de genre est au coeur de cet imbroglio réglementaire, alors que World Boxing organise sa première compétition planétaire.
Ce devait être les Mondiaux du renouveau, ce sont les Mondiaux des imbroglios. Ce jeudi débutent à Liverpool (Angleterre) les Championnats du monde de boxe olympique (ex-boxe amateur), qui réunissent pour la première fois hommes et femmes, comme dans les autres sports de combat, jusqu'au dimanche 14 septembre.
Ils devaient être la vitrine d'une nouvelle ère, celle placée sous l'égide de World Boxing (WB), fédération reconnue par le Comité international olympique, en remplacement de l'International Boxing Association (ex-fédération internationale) dont la rupture avec le mouvement olympique s'était faite sur fond de graves discordances depuis de nombreuses années. Ainsi, seules les nations affiliées à WB (et ayant coupé tout lien avec l'IBA) pourront participer aux qualifications olympiques de Los Angeles 2028. 118 pays ont déjà rejoint WB : toutes les meilleures nations (y compris Cuba et l'Ouzbékistan), mais pas la Russie.
Mossely dénonce le scandale
Mais mercredi soir, avant même que la compétition commence, un coup de théâtre est venu profondément chambouler le parfait ordonnancement attendu : aucune des cinq boxeuses de l'équipe de France ne figure dans le tableau de compétition. Ainsi Romane Moulai (- 48 kg), Wassila Lkhadiri (- 51 kg), Melissa Bounoua (- 54 kg), Sthélyne Grosy (- 57 kg) et Maëlys Richol (- 65 kg) ne sont pas en lice pour disputer les Mondiaux, malgré leur présence en Angleterre. Selon un message de la championne olympique 2016 Estelle Mossely (et ex-candidate retoquée à la présidence de la Fédération française de boxe l'année passée) publié dans la soirée, « la catastrophe sportive qui a eu lieu ce soir pour les boxeuses femmes de l'équipe de France est inacceptable. Tout cela pour arriver aux Championnats du monde et se voir tout simplement écartées pour non-présentation d'un test de genre. » Les Françaises, qui ont relayé le message de Mossely, se trouvent au coeur d'un imbroglio réglementaire lié à une nouvelle disposition née avec World Boxing.
C'était l'une des mesures phare de WB pour ces Mondiaux : un test génétique (prélèvement nasal, salivaire ou sanguin) pour les femmes. Une mesure directement liée à ce qu'il s'était passé aux Jeux de Paris, où la féminité de la Taïwanaise Lin Yu-ting (- 57 kg) et de l'Algérienne Imane Khelif (- 66 kg), qui allaient obtenir l'or, avait été mise en doute - sans qu'aucune preuve ne soit venue corroborer ces allégations depuis. Toutes deux seront absentes des Mondiaux : Yu-ting a passé le sien à Taïwan, le résultat envoyé à World Boxing, mais sa participation n'a pas été acceptée. Quant à Khelif, elle a attaqué devant le Tribunal arbitral du sport ces tests. Côté équipe de France, « nous avons réalisé ces tests à notre arrivée à Liverpool, expliquait le directeur technique national Mehdi Nichane avant la compétition, car le droit français ne l'autorise pas pour le sport. » Mercredi soir, Maëlys Richol expliquait dans une publication Instagram pleine de colère et de frustration que « les résultats ne sont pas arrivés à temps ».
La Fédération française a finalement publié un communiqué jeudi matin pour donner sa version : «Informée, dès le départ, de la situation des boxeuses tricolores, World Boxing a alors fini par orienter la FF Boxe ainsi que d'autres nations confrontées au même cas de figure vers un laboratoire accrédité par ses soins, situé à Leeds, à deux heures de route de Liverpool.
Le choix de ce laboratoire se justifiait par l'assurance, toujours selon World Boxing, d'obtenir des résultats dans les délais impartis. La Fédération internationale nous a, en effet, expressément affirmé qu'en effectuant lesdits tests lundi, nous aurions les résultats dans les vingt-quatre heures et que nous pourrions donc, à coup sûr, les présenter au moment d'enregistrer nos boxeuses.
Or, malgré les garanties réitérées par World Boxing, le laboratoire, qu'elle nous avait elle-même recommandé après s'être assurée qu'il était en capacité de répondre à notre demande, n'a pas été en mesure de nous livrer les résultats des examens dans les temps. Avec, comme conséquence, l'exclusion de nos athlètes ainsi que d'autres boxeuses de délégations étrangères qui se sont retrouvées, elles aussi, piégées.»
lire aussi
En conflit avec WB sur les tests génétiques, Imane Khelif zappe les Championnats du monde
2025-09-03T22:27:31Z